Gustavo Moncayo répète inlassablement les menaces et le « cauchemar qui n’est pas terminé ». Un an après la libération de son fils, le sergent Pablo Emilio, otage de la guérilla pendant 13 ans, l’homme qui a porté des chaînes pour qu’il ne soit pas oublié, vit encore le drame de la séquestration.
Celui que l’on appelait aussi le « professeur Moncayo », connu à son tour pour s’être lui-même enchaîné les mains pour attirer l’attention sur la situation de son fils, et pour avoir marcher sur des centaines et des centaines de kilomètres à travers le monde en racontant son drame, habite maintenant dans un quartier populaire de Bogota, dans un appartement qu’il partage avec une autre famille.
Pablo Emilio, âgé de 33 ans, poursuit son engagement militaire actif et vit dans une garnison du nord de la capitale. Il préfère ne pas parler de son passé et refuse de répondre à des interviews.
« Il continue dans l’armée mais par sécurité il ne va pas sur le terrain. Il est ici à Bogota, il étudie l’anglais et le français » déclara son père.
Quand il retrouva sa famille « il était très content, car après 13 ans nous n’avions pas changé », se rappelait Moncayo.
Mais, comme dans d’autres cas de libération, les retrouvailles entre Pablo Emilio et ses quatre sœurs n’ont pas toujours été faciles, tout particulièrement pour la plus petite, Laura Valentina, âgée de six ans, qui « en réalité ne sait pas qui il est », expliqua le père.
« Je suis triste car ils nous ont changés le cours de nos vies. Maintenant les relations ne sont pas les mêmes. C’est comme si il existait une espèce de mur entre Pablo Emilio et toute la famille », confessa-t-il.
Pablo Emilio Moncayo a été libéré unilatéralement par les F.A.R.C. (Forces Armées Révolutionnaires Colombiennes, communistes) le 30 mars 2010, après treize ans de captivité. Il avait été séquestré en décembre 1997 pendant une attaque de la guérilla du poste militaire du Cerro de Patascoy, dans le Putumayo (dans le sud).
Le « Prof » qui vécu enchaîné tant d’années semble aujourd’hui être prisonnier de la peur. Il parle d’une tentative de capture qu’il raconte comme sortie d’un cauchemar. « Je ne me souviens pas bien de la date (…) c’est une nuit de pluie (…) une voiture de couleur bleu-vert », dit-il sans vouloir donner plus de détail.
Il affirma que pendant cette année de liberté les menaces n’ont pas cessées. « C’est un cauchemar qui n’a pas de fin, nous recevons des menaces par téléphone, sur les portables, par courrier, de tout côté. Nous en avons reçues beaucoup », dit-il.
De plus, « elles sont adressées à toute la famille, même à mes filles », ajouta-t-il.
Moncayo assure que les menaces sont à cause « du travail que nous avons fait dans le but de la libération de Pablo Emilio » et de son discours en faveur d’un échange d’otages contre des guérilleros prisonniers « qui fit qu’on nous considère comme des auxiliaires de groupes en marge de la loi ».
Il affirma que certaines menaces proviennent de la bande Aguilas Negras, une des organisations les plus importantes dérivées des milices paramilitaires qui ont été démobilisées entre 2003 et 2006.
C’est pour cette raison, expliqua Moncayo, qu’il vit seul et déménage régulièrement. Pablo Emilio, lui, a du passé quatre mois en Italie l’année dernière.
Mais les autorités ne prêtent pas la même importance à ces messages et Gustavo Moncayo ne bénéficie pas d’un garde du corps assigné par l’Etat.
Moncayo admis, aussi, se sentir vidé après les années de lutte pour la liberté de son fils, dans laquelle il s’est investi totalement. « Cela a été difficilhttp://www.blogger.com/img/blank.gife, et c’est encore difficile d’abandonner ces chaînes. Il ressent un vide. De toute façon, nous continuons à lutter pour ceux (les autres séquestrés) qui restent », dit-il.
Les FARC, la principale guérilla de Colombie comptant près de 8.000 combattants, retient encore prisonniers 16 policiers et militaires qu’ils considèrent « échangeables » contre ses guérilleros prisonniers, et environ une centaine de civiles séquestrés pour des raisons économiques.
Moncayo un professeur de sciences à Sandona, sa ville natale, une ville dans le sud de la Colombie près de la frontière de l’Equateur, s’est fait connaître comme le Marcheur de la Paix lorsqu’il initia, en 2007, des marches à travers son pays, l’Amérique Latine et l’Europe en demandant la libération de son fils.
Bogota, le 28.03.2011
Emilienne MALFATTO (AFP)




